Le Choeur Battant
Pratiques et pensée des choralités gestuelle

Un projet de recherche fondamentale soutenu par :

DGCA Ministère de la culture,
en corpoduction avec:

Théâtre de Corbeil-Essonnes, Théâtre Victor Hugo de Bagneux, L’odyssée - scène de Périgueux, Théâtre Le Colombier Les Cabannes.
 


 

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Dans l’imaginaire collectif, le mime est un soliste. Pourtant, dès les essais initiés par Suzanne Bing au Vieux-Colombier dans les années 1920, et jusqu’aux chœurs d’arbres chez Etienne Decroux ou aux pratiques pédagogiques de la choralité chez Jacques Lecoq, le mouvement collectif, en résonance et en complémentarité, est l’une des ressources fondatrices des arts du mime et du geste contemporains.

Depuis vingt ans notre recherche se situe autour du mime. Après avoir fait des excursions dans le domaine de la matière, de l’objet, de la marionnette, du masque de la danse et des nouvelles technologies, nous avons eu envie de revenir à l’essence du théâtre : le corps en scène miroir et exutoire du spectateur dans sa grandiose simplicité. Marcel Marceau nous disait toujours « le simple est difficile », tel un mantra ZEN à déchiffrer dans sa contradiction. De là notre envie d’explorer le travail du chœur, lieu d’unification de la complexité et de la diversité en une forme simplifiée, mais pas simpliste. Le chœur permet au spectateur de se reconnaître dans une communauté sans perdre son identité. Le chœur qui nous intéresse dans cette recherche est une entité à même de représenter l'espace théâtrale tout entier, symbolique mais aussi technique et pratique. Ce qui est vu et comment cela est donné à voir. Les corps usant de toutes les ressources intrinsèques à leur présence : mouvements, actions, images, voix, sons, chants, mots, chorégraphie, déplacement, coordination pour se font les moteurs même du langage dramatique.

Dans ce projet nous voulons explorer le travail de chœur avec les outils du mime pour en dégager des protocoles d’écritures dramaturgique afin d’enrichir les outils créatifs des arts du mime et du geste. A cette fin nous allons œuvrer à :

1) répertorier les outils et les protocoles de travail du chœur gestuel

chez Marceau : Identification et métamorphose travail de l'invisible.

chez Decroux : structure, statuaire, dramaturgie corporelle (contre-poids).

chez Lecoq : Recherche des mouvements cosmiques, sociologie, observation du monde au service de la dramaturgie.

chez Tomacewsky : fresque et composition architecturale.
ainsi que le travail de portés dramatiques et de contact que nous développons dans notre travail de compagnie.

2) Initier des visions et directions chorales des corps dans le processus théâtral croisées avec des démarches artistiques similaires menées sur les scènes européennes et à Bali.

3) Explorer des nouveaux rapports au public en initiant une « culture du chœur », à travers notamment un travail sur les chœurs virtuels et les chœurs amateurs.

Nous avons l'intuition qu’en explorant les protocoles fondateurs du chœur, mais aussi, en croisant des types de choralités gestuelles issues de diverses cultures (entre autres, anglaise, françaises, polonaises et balinaises), nous parviendrons à initier des manières performatives d’être ensemble, qui résistent aux solipsismes et à l’isolement actuels, plus oppressants encore depuis la crise sanitaire. Cet « exercice du chœur », que nous imaginons pratiquer de manière régulière durant une année, aura vocation à être partagé, disséminé, d’une part pour enrichir la création et la formation en matière d’arts du mime et du geste, d’autre part, de manière plus vaste, auprès de groupes amateurs, volontaires et étudiants.


Nous avons découvert le chœur avec le travail de Lecoq mais notre passion et notre envie d’en continuer l’exploration de manière poussée est venue d’une rencontre pendant un voyage :
Bali, un amphithéâtre dans l’enceinte d’un temple et une représentation en cours qu’on croyait « touristique » : le Kecak. Ce fut une révélation. Le kecak, c’est un choeur "peuple", une centaine de corps qui se font tour à tour écho de la narration, scansion rythmique portant la représentation dans une dimension de transe. Ils créent des espaces avec leurs corps, des cercles ésotériques reliant les degrés du profane et du sacré. Nous avons eu l'impression de retourner à la naissance, à la source, du théâtre de manière vivante. 
Nous souhaitons retrouver cette source vivifiante au sein de la scène occidentale. Nous prévoyons d’inviter des artistes/pédagogues européens issus des arts du mime et du geste et qui utilisent le chœur dans leur démarche créative afin de constituer un réseau européen de réflexion et d’échange sur cette thématique. Bien que nous prévoyions de travailler principalement sur les manifestations européennes du chœur, nous avons choisi d’intégrer le kecak à notre recherche, parce qu’il offre une ouverture sur d’autres enjeux (notamment en matière de mime vocal). Nous avons donc pris contact avec une chercheuse et artiste qui connaît bien cette forme d’art.
Dans ce même élan, deux autres pistes nous semblent extrêmement intéressantes à suivre pour se placer au cœur des mouvements créatifs qui traversent l’Europe de la culture depuis quelques années : le chœur virtuel et le chœur amateur.
Le chœur amateur est une évidence car il est rattaché directement au théâtre grec où le chœur était formé de citoyens non professionnels mais qui s’engageaient dans un souci d’œuvrer au bien commun de la « polis ». Dans ce théâtre inclusif, le travail de chœur fait écho au "peuple-public".
Le chœur virtuel est une continuation de notre exploration de l’utilisation des nouvelles technologies avec la poétique intrinsèque du mime : rendre visible l’invisible. Nous imaginons un dispositif qui permettrait une mise en présence à distance pour mettre en valeur ce qui d’invisible circule dans un chœur… Une relation à la présence/absence des autres tout en continuant à créer un ensemble.

 

Membres de l’équipe de recherche constituée pour la réalisation du projet :

Équipe artistique :
Sara Mangano, directrice artistique de la Compagnie de création contemporaine Mangano-Massip, comédienne/mime/danseuse, metteuse en scène et pédagogue. Co-responsable artistique du projet
http://www.compagniemanganomassip.com

Pierre-Yves Massip, directeur artistique de la Compagnie de création contemporaine Mangano-Massip, comédien/mime/danseur, metteur en scène et pédagogue.
Co-responsable artistique du projet
http://www.compagniemanganomassip.com

Bartłomiej Ostapczuk, directeur du Festival international de mime de Varsovie et du Mime Center Warsaw, compagnie de création contemporaine et centre de formation professionnel. Metteur en scène et pédagogue. Intervenant artistique.
https://www.facebook.com/Warszawskie-Centrum-Pantomimy-131890780207481

Cat Gerard, metteuse en scène, directrice de la compagnie de création contemporaine Tailspin, pédagogue à Arthaus Berlin. Intervenante artistique.
https://www.catgerrard.com/A

Adi Weinberg, danseuse, chorégraphe et pédagogue de Gaga (langage de mouvement développé par Ohad Naharin). Intervenante artistique.
https://www.adiweinberg.com/

Fabio Ezechiele Sforzini, Metteur en scène et pédagogue au Théâtre des Grand Chemins, compagnie de création contemporaine et centre de formation professionnel. Intervenant artistique.
http://theatretotal.blogspot.com

Équipe scientifique :

Ariane Martinez, maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches en études théâtrales, Université de Lille, Centre d’étude des arts contemporains. Coordinatrice scientifique du projet.

Kati Besset, docteur en ethnologie, spécialiste de l’anthropologie de la représentation à Bali et Java, chercheuse associée au CNRS-EHESS, laboratoire CASE (Centre Asie du Sud-Est) et chargée de cours à l’INALCO sur les arts scéniques en Asie du Sud-Est et théâtre multilingue, Metteur en scène, conteur, musicien . Intervenante scientifique et artistique.